La question de la stricte-monotonie est centrale en mathématique. Elle permet d'obtenir des bijections et aussi de passer à l'étude des fonctions inverses. Elle est souvent mal-traitées dans les copies de première année mais aussi en préparation au CAPES.
Quite à prendre -f, on se limite au cas croissant. On commence par une remarque
Proposition 1 : Soit f:[a,b]\to \mathbb{R} une fonction continue. f est strictement croissante sur [a,b] si et seulement si elle est strictement croissante sur ]a,b[.
Preuve : Un sens est trivial. On suppose qu'elle est strictement croissante sur
]a,b[. On traite le cas
[a,b[. Pour tout
a<x<y, on a
f(x)<f((x+y)/2)<f(y).
En laissant
x\to a^+, on obtient alors, par continuité de
f que
f(a)\leq f((a+y)/2)\leq f(y).
Les inégalités sont larges car il y a un passage à la limite. Maintenant comme (a+y)/2<y et les deux points sont dans ]a,b[ et que f est strictement croissante sur ]a,b[, on en déduit :
f(a)\leq f((a+y)/2)<f(y).
En particulier, pour tout y\in ]a,b[, f(a)<f(y) donc f est strictement croissante sur [a,b[. On procède de manière similaire en b. QED
Remarque : La même preuve (en plus simple) donne
Proposition 1' : Soit f:[a,b]\to \mathbb{R} une fonction continue. f est croissante sur [a,b] si et seulement si elle est croissante sur ]a,b[.
On passe maintenant au second point.
Proposition 2 : Soit f:[a,b]\to \mathbb{R} une fonction continue et dérivable sur ]a,b[. f est croissante sur [a,b] si et seulement si f'(x)\geq 0 pour tout x\in]a,b[.
Preuve : Au vu de la proposition 1', il suffit de démontrer que f:]a,b[\to \mathbb{R} est croissante si et seulement si f'(x)\geq 0 pour tout x\in]a,b[.
Supposons la croissance. Soit x\in ]a,b
f'(x) = \lim_{y\to x} \frac{f(y)-f(x)}{y-x}
Or f(y)-f(x) est du même signe que y-x car f est croissante. On en déduit que f'(x)\geq 0 pour tout x\in ]a,b[.
Supposons maintenant que f'(t)\geq 0 pour tout t\in ]a,b[. Soit a<x< y<b, Par le théorème des accroissements finis on a qu'il existe \alpha \in [x,y] tel que
f(x)-f(y) = f'(\alpha) (x-y).
en particulier f(y)\geq f(x). C'est-à-dire que f est croissante. QED
On regarde maintenant le cas de la stricte croissance. Il faut tout d'abord se méfier. Il n'est pas possible d'obtenir un si et seulement avec f'(x)>0 sur ]a,b[. En effet, prenons par exemple f(x)=x^3 sur ]-1,1[. Cette fonction est strictement croissante mais la dérivée s'annule en 0.
Nous obtenons donc une seule direction.
Proposition 3 : Soit f:[a,b]\to \mathbb{R} une fonction continue et dérivable sur ]a,b[. f est strictement croissante sur [a,b] si f'(x)> 0 pour tout x\in]a,b[.
Preuve : Supposons que f'(t)\geq 0 pour tout t\in ]a,b[. Soit a<x< y<b, Par le théorème des accroissements finis on a qu'il existe \alpha \in [x,y] tel que
f(x)-f(y) = f'(\alpha) (x-y).
en particulier f(y)>f(x). C'est-à-dire que f est strictement croissante. QED
La Proposition 3 permet de montrer le résultat plus général suivant :
Proposition 4 : Soit f:[a,b]\to \mathbb{R} une fonction continue et dérivable sur ]a,b[. Si
f'(x)> 0 pour tout x\in]a,b[ sauf pour un nombre fini de points alors f est strictement croissant.
Preuve : Soit x_0:=a, x_{n+1}:=b et (x_i)_{i=1, \ldots, n} les points où la dérivée s'annule. On applique la Proposition 3 sur [x_i, x_{i+1}] avec i\in \{1, \ldots, n\}. On obtient la stricte croissante sur chacun de ces intervalles et on déduit le résultat. QED